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Savoir rebondir

par Micheline Marcoux, m.i.c.

Couverture d'automne 2012

Quelle merveille d’admirer la vie dans des situations inusitées, là même où l’on ne s’y attend pas ! Sa fragilité se conjugue aisément avec sa force. Si la nature nous en donne de multiples exemples, nos vies individuelles et collectives n’en sont pas exemptes. Je pense au livre de Dany Laferrière, Tout tourne autour de moi, où il raconte avec détails le séisme d’Haïti en janvier 2010.

À travers tout le tragique de cet événement, il nous parle des fleurs fragiles qui ont résisté au désastre. Regard profond d’un témoin poète… Également, une homélie de Godefroy Midy, s.j., peu après le séisme, réveille chez les personnes consacrées touchées ellesmêmes, ce qu’il y a de force et de foi pour découvrir la mission de guérison qui est la leur auprès de leurs soeurs et frères blessés. Les médias, pour leur part, ont parlé de la résilience de ce peuple. Depuis lors, ce mot fait image en moi. Il apparaît comme l’art de savoir rebondir après une difficulté ou encore de fleurir dans des conditions de profond changement… Mais qu’en est-il vraiment? Faut-il le relier seulement aux personnes ou aux groupes ayant vécu des situations traumatiques importantes?

Fort de son expérience en relation d’aide, André Belzile, psychothérapeute pastoral et théologien pratique, élargit le sens premier de ce mot « résilience» et apporte un éclairage qui ouvre sur l’espérance. Dans Résilience et communautés, il tient compte des changements importants dans le paysage actuel des communautés religieuses et de nos divers milieux de vie, pour nous interpeller à la lumière de notre héritage religieux; il parle d’expérience «mort-vie », d’expérience pascale pour nommer ces temps de passage créateur.

Pour illustrer des situations de changements, Jeannine Sauriol, o.c.d., et Julie Lasnier, o.p., racontent le vécu récent de leur communauté monastique respective. Dans Tout commença par une fournaise, soeur Jeannine décrit, avec une pointe d’humour, les événements qui ont mené au déménagement du Carmel de Trois-Rivières, à l’accueil des soeurs dans la communauté des Filles de Jésus de l’endroit. De son côté, soeur Julie partage le long processus de discernement qui mène les Moniales Dominicaines de Berthierville à Shawinigan. Cette fois, ce sont les Dominicaines de la Trinité qui ouvrent leurs portes à leurs soeurs de la même famille.

En regardant vers l’avenir, les membres de l’Institut séculier Les Oblates Missionnaires de Marie Immaculée ont procédé, elles aussi, à une démarche importante touchant leurs structures. Dans un Pèlerinage en notre histoire… au plan structurel, Marie-Paule Malenfant, oblate, décrit les étapes qui ont amené à une décentralisation des structures administratives vers une régionalisation, tenant compte de l’aspect international et multiculturel de leur institut présent dans 20 pays!

De jeunes religieuses partagent, pour leur part, leur passage par des changements remplis de vie. « Un vent qui tourne », de dire Céline Roussin, a.m.j., pour symboliser son parcours personnel de foi avec ses détours et sa découverte d’une communauté monastique vouée à la miséricorde. De son côté, Marie-Pierre Delorme, s.s.m.n., dans Ces notes qui nous enchantent, nous ouvre un volet de la musique populaire et de l’expérience spirituelle des jeunes à travers cet art. Lorsqu’il y a entrée dans une communauté religieuse, c’est tout un apprivoisement à la musique sacrée et à la liturgie. Quand musique et spiritualité s’embrassent!

S’intéressant à la vie consacrée au Canada contemporain dans le cadre d’une recherche, Jason Zuidema est à même d’en constater les défis reliés à l’âge et à la diminution de ses membres. À partir de certaines communautés monastiques côtoyées, il met en relief et démontre ce que des moines et moniales lui ont maintes fois répété : l’importance de « la présence », au-delà des effectifs, comme force de témoignage dans une société de plus en plus sécularisée.

Noël est tout proche. Un Dieu qui se fait enfant, dans une crèche : «Lui de condition divine… » (Ph 2, 6-11). Pour Marie et Joseph, que de chamboulements dans leurs vies! Contemplons-les sur les routes de Nazareth, de Bethléem, de Jérusalem, sans oublier leur séjour en Égypte (Lc 2, Mt 2). «Marie conservait tous ces événements et les méditait dans son coeur » (Lc 2, 19.51). Temps de foi, temps de «mort-vie», temps de joie et d’espérance. Un Sauveur nous est né. Ne vient-il pas transfigurer nos vies?

 

Revue EN SON NOM, Vie consacrée aujourd'hui
Vol. 70 No. 5 / Novembre - décembre 2012

75 ans