4 saisons

Quelle saison pour la Vie consacrée ?

par Micheline Marcoux, m.i.c.

Couverture d'automne 2012

Année jubilaire du Concile Vatican II : que de rappels pour évoquer ce tournant dans notre histoire! Relire l’événement 50 ans plus tard, réveille tout un monde! Pour notre Église, ce temps de renouveau promis, ce printemps annoncé, cette nouvelle Pentecôte espérée, est-ce un mirage, une saison écourtée par les sursauts de l’hiver ou encore un temps de promesses qui n’a pas fini de nous étonner ? Vivons-nous simplement une longue transition, un temps de marche au désert en route vers la Terre promise? Pour la vie consacrée,quelle saison ?

Dans notre lecture, tout est relatif. S’il est important de situer notre génération en regard de Vatican II, n’est-ce pas que les jeunes de nos communautés n’étaient pas nés à cette époque! Pour ma part, entrée en 1969, je suis de la génération frontière qui a connu la fin de l’ancien et le début du renouveau, autant dans la société que dans la vie consacrée. Les mots « expériences nouvelles » marquent mon temps de formation. Un grand vent de changement soufflait partout; de multiples projets nés d’un partage de la Parole redonnaient dynamisme et vigueur à tout un système désuet. Et tout cela s’inspirait du petit document Perfectae Caritatis, le décret sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse, issu du Concile !

Pour un authentique renouveau, que d’obstacles franchis ! Les internoviciats et autres initiatives intercommunautaires datent de ces années. Aujourd’hui, cela va de soi ! Les historiens n’ont pas fini d’écrire sur cette période qui a eu aussi ses temps difficiles, comme les départs nombreux, issus d’une génération mitoyenne surtout, et dont les conséquences se font encore sentir pour la passation de responsabilités. Génération manquante, pourrait-on dire.

Dans le prisme de son expérience et de son regard critique, Simon-Pierre Arnold, moine bénédictin belge vivant au Pérou, relit à sa manière La Vie Religieuse cinquante ans après Vatican II. Ses propos invitent à un examen en profondeur, une remise en question de nos pratiques pour traduire le langage radical de l’Évangile. Le seul chemin d’avenir a la couleur pascale… mourir pour ressusciter ! « Il nous faut revenir à l’expérience fondatrice du disciple », dit-il. Ce que nous vivons est un « temps pour la foi nue, un temps favorable pour qui sait l’accueillir ».

Depuis le Concile, l’Église a vu fleurir plus d’une communauté nouvelle, un des signes de ce temps qui appelle au discernement. Marta Balog, de la Communauté des Béatitudes, présente La nouveauté des communautés nouvelles. Elle tente de définir certains termes et concepts relatifs à ces communautés et fournit quelques pistes de réflexion sur les caractéristiques de cette «nouveauté». Autre signe des temps, les rapports de complémentarité Personnes consacrées et Laïques engagés. Dans une réflexion sur Voeux, engagements, promesses, Léonard Audet, c.s.v., apporte quelques remarques
théologiques sur la consécration baptismale, source des autres consécrations, et situe les voeux en regard des liens de personnes engagées dans des familles spirituelles.

À travers une petite histoire, une parabole : « Le jour où France apprit l’anglais », Marie-Pierre Delorme, s.s.m.n., formatrice, illustre, pour sa part, les apprentissages de la formation initiale, avec les réalités de cultures différentes. Pour accompagner les 18-40 ans à discerner le projet de Dieu sur leur vie, Isabelle Venne, s.c.s., du Centre Leunis, décrit le parcours « Avance au large ». En écho aux rencontres du 70e de la revue, les membres présents du comité porteur du Conseil de laïques engagés dans des familles spirituelles (CLEFS) se mettent à rêver à un regroupement futur pour les laïques. Pour terminer, Suzelle Doucet relit une courte expérience humanitaire au Sénégal à la lumière de la mission et des «cinq attitudes de vie» qui caractérisent les Volontaires de Dieu, groupe associé aux Oblates Missionnaires de Marie Immaculée.

Si Vatican II a fait entrer l’Église et la vie consacrée dans la modernité, cinquante ans après, à quel «aggiornamento», à quelle mise à jour est-t-elle conviée pour être signifiante dans le monde postmoderne actuel ? L’Esprit toujours créateur demeure, croyons-nous, au rendez-vous de mystérieux et fidèles lendemains en Église et en humanité.

 

Revue EN SON NOM, Vie consacrée aujourd'hui
Vol. 71 No. 2 / Mars -avril 2013

75 ans