4 saisons

Se laisser toucher

par Micheline Marcoux, m.i.c.

Couverture d'automne 2012

Les paroles du pape François ne laissent personne indifférent et ses propos percutants dérangent. À propos du service aux réfugiés, il interpelle ainsi: « Est-ce que je me penche sur celui qui est en difficulté ou bien ai-je peur de me salir les mains? Suis-je fermé en moi-même, dans mes choses, ou est-ce que je m’aperçois de celui qui a besoin d’aide? Est-ce que je regarde dans les yeux ceux qui demandent justice ou bien mon regard va-t-il de l’autre côté? (Centre Astalli, 10 septembre 2013) ». À d’autres, il rappelle : « Dites-moi, quand vous donnez l’aumône, regardez-vous dans les yeux celui ou celle à qui vous donnez l’aumône? Et quand vous donnez l’aumône, touchez-vous la main de celui à qui vous donnez l’aumône, ou lui jetez-vous la monnaie? (Mouvements ecclésiaux, 18 mai 2013) ». « La pauvreté théorique ne nous intéresse pas, la pauvreté s'apprend en touchant la chair du Christ pauvre. », dit-il cette fois aux supérieures majeures réunies à Rome, le 8 mai dernier. Il lance un appel constant à changer notre regard et notre cœur. Voir l’autre et se laisser toucher… comme Jésus!

L’épisode de la veuve de Naïm (Lc 7, 11-17) est une des nombreuses scènes qui confirme l’attitude de compassion de Jésus devant la détresse des gens. Il ne fait pas que voir, il est pris aux entrailles et il agit. On peut regarder sans voir et parfois, même si on voit, on se défile, comme Jésus le rappelle dans la parabole du bon Samaritain (Lc 10, 25-37). Les deux premiers voient le blessé et passent leur chemin, tandis qu’un étranger pris de compassion se penche sur lui, soigne ses plaies et le prend à sa charge. Il se fait «le proche» de cet inconnu dans le besoin. C’est à cette proximité, à cette tendresse que nous convie Jésus, attitude reprise par le pape François pour les pauvres de nos milieux, ceux qu’il appelle « la chair du Christ ».

Ce message de compassion pour les plus démunis de nos sociétés, des femmes et des hommes l’ont entendu à toutes les époques et se sont impliqués pour améliorer le sort de ces personnes. Forte de son expérience personnelle de religieuse vivant avec les pauvres, les marginalisés et les ex-intouchables du nord de l’Inde, sœur Mary Sujita, s.n.d., a été invitée à partager sa vision de la vie consacrée aujourd’hui avec les Frères des Écoles chrétiennes, lors de leur dernier chapitre général à Rome. D’emblée, elle dit : « Ma conviction profonde est que la vie consacrée sera toujours pertinente, significative et prophétique dans le présent et dans l’avenir, si nous avons l’audace de la vivre avec passion pour Jésus Christ et avec une compassion créative envers ceux et celles qui nous entourent. » Elle explore «trois composantes de la vie religieuse : spiritualité, communauté et mission ».

À des époques différentes, deux jeunes veuves devenues religieuses, l’une en France, l’autre au Québec, ont été des témoins vivants de la compassion envers les personnes les plus démunies de Vannes ou de Montréal. Lise Barbeau, sœur de la Charité de Saint-Louis, présente sa fondatrice, la bienheureuse Louise-Élisabeth, femme de son temps, femme de tous les temps. De son côté, Nicole Fournier, sœur de la Charité de Montréal, parle de la mission de compassion de sa fondatrice, sainte Marguerite d’Youville. Par leur engagement pour la justice, ces deux femmes ont vu la misère de leur milieu, elles se sont laissées toucher par les personnes en difficulté. Au pays et ailleurs dans le monde, nombre d’hôpitaux et d’œuvres sociales leur sont redevables. Plusieurs, à leur suite, continuent de s’investir auprès des sans-abris, des personnes marginalisées ou appauvries et donnent visage à la compassion de Dieu.

Notre volet concernant le groupe Cailloux s’enrichit aujourd’hui de la première expérience de Ginette Généreux, r.m., au chapitre général de sa communauté, les Recluses Missionnaires. Elle décrit le processus de préparation ainsi que la démarche de discernement tout au long du chapitre comme une expérience communautaire de communion! Et pour finir, voici la seconde partie de la réflexion de sœur Janet Malone, c.n.d., Une spiritualité de l’avancée en âge dans les congrégations religieuses. Au-delà de la mort, elle nous livre un message d’espérance pour cette dernière saison de la vie; l’auteure nous invite à un « lâcher prise, laisser être et laisser advenir ».

Au quotidien et encore plus à la période des Fêtes qui approche, des gestes de solidarité et de partage pour aider les plus démunis de nos sociétés nous feront passer du  mode « consommation  ambiante» au  mode « compassion et proximité ». Peut-être y découvrirons-nous avec stupeur « la chair du Christ pauvre »?

 

Revue EN SON NOM, Vie consacrée aujourd'hui
Vol. 71 No. 5 / Novembre - Décembre 2013

75 ans