4 saisons


Figure d’inspiration pour la vie consacrée

 

Elle « gaspilla » son parfum pour Jésus (Mc 14,3-9)

Michel Proulx, o. praem.

Le pape François, dans sa Lettre apostolique à tous les consacrés à l’occasion de l’Année de la vie consacrée propose de « regarder le passé avec reconnaissance » (I,1). Il invite à « parcourir à nouveau le chemin des générations passées pour y cueillir l’étincelle inspiratrice » (I,1). Je propose de le faire en allant puiser à l’Évangile de Marc. Nous y rencontrons une figure qui me paraît particulièrement inspirante pour la vie consacrée aujourd’hui. Il s’agit de cette femme de Béthanie qui, dans la maison de Simon le lépreux, a versé un parfum précieux sur la tête de Jésus (Mc 14,3⋆9)


Un geste fou qui dérange

Ce geste inhabituel a suscité étonnement et questionnement chez les autres personnes qui étaient présentes. Il est vrai qu’en regard de critères purement humains, c’était un peu fou d’agir ainsi; ça représentait pour eux du gaspillage. D’un point de vue utilitaire, cela ne servait à rien ! Au verset 4, on lit : « Quelques-uns disaient avec indignation : “À quoi bon perdre ce parfum ? On aurait bien pu vendre ce parfum-là plus de trois cents pièces d’argent”. » Ce montant d’argent était équivalent à presque une année de salaire d’un ouvrier. C’était à peu près la somme qu’une femme pouvait recevoir en héritage de son père. Bref, cette femme a investi énormément en accomplissant cet acte. Elle a fait une folle dépense, mais qui témoigne éloquemment de son estime pour Jésus.


L’amour passionné de la vie consacrée

S’engager dans la vie consacrée, prononcer des vœux ou des promesses, n’est-ce pas poser un geste du même ordre que celui de cette femme ? Au regard de bien des gens de notre société, s’engager dans la vie consacrée, continuer à faire ce choix, apparaît comme une folie… mais pour nous, c’est une folie pour le Seigneur Jésus, qui prend racine dans un amour passionné pour Lui. C’est une expression d’amour, une réponse d’amour. En ce sens, en évoquant les fondateurs et les fondatrices d’Instituts de vie consacrée, le pape François affirme que pour eux, « les vœux avaient du sens seulement pour mettre en œuvre leur amour passionné » (I,2).

Prononcer des vœux ou des promesses est certainement le genre de folie qui touche le cœur de notre Maître. En fait, nous pouvons en avoir la certitude parce que l’on voit Jésus être touché par le geste déraisonnable de cette femme qui a versé du parfum sur sa tête : « C’est une bonne œuvre qu’elle vient d’accomplir à mon égard » (14,6). C’est aussi de notre engagement en vie consacrée que le Christ ressuscité pourrait dire : « C’est une bonne œuvre que les consacrés accomplissent à mon égard ! »

Comme cette femme, nous offrons au Seigneur Jésus quelque chose de très précieux, quelque chose de coûteux : notre personne, nos forces, les dynamismes les plus fondamentaux de notre être, incluant notre affectivité et notre sexualité.

 

Un amour communicatif

Dans sa version du même événement, qui comporte quelques variantes, Jean relève un fait qu’il est seul à mentionner et qui me paraît significatif : « La maison fut remplie de ce parfum » (Jn 12,3). Même si cette dame pose un geste individuel, même si elle est seule à avoir payé le prix du parfum, il n’en reste pas moins que son acte ne peut pas passer inaperçu. L’odeur de ce parfum, versé en quantité, ne peut pas échapper aux autres personnes de la maison. Ils ressentent les effets de ce don offert à Jésus. Ils sont atteints jusque dans leur corps et dans leur être, par la folie d’amour de cette femme.

Encore aujourd’hui, se donner dans la vie consacrée produit de l’effet sur les autres. Pour reprendre une expression populaire « ça fait des vagues ». Un tel engagement ne passe pas inaperçu dans l’Église et dans la société qui nous entoure ! L’amour passionné pour Jésus est senti et ressenti à la ronde. Ça se sent et ça se voit !

Notre Église et notre société ont d’ailleurs bien besoin d’être parfumées par cette bonne odeur. Il existe tellement d’émanations polluantes à la ronde ! Rappelons-nous que l’Esprit Saint est présenté dans le Nouveau Testament avec le mot pneuma qui signifie « souffle ». Alors ayons confiance que ce Souffle saura transporter l’arôme de notre engagement là où c’est nécessaire, dans les milieux qui ont besoin d’être imprégnés de ce parfum. Nous le savons, le vent peut parfois transporter une odeur sur une grande distance. Pensons, par exemple, à l’air marin si agréable, qui embaume parfois les villages et les villes bien au-delà de la côte.

 

La force évangélisatrice de la vie consacrée

Mais revenons à Marc. Jésus conclut en disant : « Partout où sera raconté l’Évangile dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d’elle, ce qu’elle a fait » (14,9). Si ce geste « fou » de la femme doit être raconté dans le travail d’évangélisation, c’est parce qu’il porte en lui-même une force qui sert la cause de l’Évangile. C’est dire que l’engagement en vie consacrée, cette folie d’amour pour Jésus, est aussi un témoignage très fort en faveur de l’Évangile. Notre vie consacrée, notre don, porte en lui-même une grande force évangélisatrice dont l’Église ne peut se passer. Par notre « oui », nous collaborons d’une manière très forte à la mission fondamentale de l’Église. Pour que l’Évangile se propage, pour qu’il continue à faire son œuvre dans le monde, le témoignage démesuré de la vie consacrée est absolument nécessaire, ce qu’avait d’ailleurs bien affirmé le pape Jean-Paul II dans l’exhortation post-synodale Vita Consecrata.

 

Quelle inspiration pour la vie consacrée aujourd’hui !

En cette année de la vie consacrée, laissons-nous inspirer par le geste fou de cette femme et continuons à nous offrir passionnément au Christ, l’amour de notre vie, Celui pour qui nous sommes prêts à dépenser ce que nous avons de plus précieux.


 

Revue EN SON NOM, Vie consacrée aujourd'hui
Vol. 73 No. 2 / Mars - Avril2015

75 ans