4 saisons

Figure d’inspiration pour la vie consacrée

 

La vie consacrée :
Un plant sur la montagne du Seigneur (Éz 17,22-24)

Michel Proulx, o. praem.

 

En cette année de la vie consacrée, le pape François nous invite à « parcourir le chemin des générations passées pour y cueillir l’étincelle inspiratrice ». Il nous appelle aussi à « embrasser l’avenir avec espérance » (Lettre apostolique à tous les consacrés, I,1). La fréquentation du livre d’Ézéchiel peut nous aider à voir comment Dieu assure lui-même une continuité entre le passé et le présent. Le prophète a prononcé plusieurs oracles qui peuvent inspirer un regard d’espérance dans le contexte actuel de la vie consacrée. L’un d’eux nous interpelle de façon particulière.

* * *

 

Le prophète Ézéchiel : témoin d’espérance

Nous sommes après 587 av. J.C. Le roi babylonien Nabuchodonosor vient de détruire le temple de Jérusalem ainsi qu’une partie de la ville sainte. Tous les fils du roi Sédécias ont été passés au fil de l’épée, ce qui marque la fin de la dynastie davidique. Une portion significative de la population a été déportée en Babylonie. La terre promise n’appartient plus à ce qui reste du peuple de l’Alliance.
On a l’impression d’avoir tout perdu. C’est une période sombre de l’histoire du peuple élu. Chez les déportés dont il fait probablement partie, Ézéchiel est témoin que le moral est au plus bas. Le découragement et la désespérance règnent. On ne voit plus d’avenir possible. Plusieurs sonnent déjà le glas. Or, voici que le prophète élève la voix pour tourner le regard de ses contemporains vers le Dieu de la vie :

Ainsi parle le Seigneur DIEU :
Moi, je prends à la pointe du cèdre altier – et je plante –,
j’arrache à la cime de ses branches un rameau tendre;
je le plante moi-même,
sur une montagne haute, surélevée.
Je le plante sur une montagne élevée d’Israël.
Il portera des rameaux, produira du fruit,
deviendra un cèdre magnifique.
Toutes sortes d’oiseaux y demeureront,
ils demeureront à l’ombre de ses branches.
Alors tous les arbres de la campagne connaîtront
que je suis le Seigneur,
qui fait ramper l’arbre élevé,
élève l’arbre qui rampe,
dessèche l’arbre vert,
et fait fleurir l’arbre sec.
Moi, le Seigneur, je parle et j’accomplis (Éz 17,22-24).

Cet oracle étonne particulièrement car il a été prononcé dans le contexte de la plus grave crise qu’ait connue le peuple d’Israël. Quand tout semble en train de mourir, quand le cycle de l’existence paraît arriver à son terme, Dieu, lui, peut encore susciter de nouveaux élans de vie. Il peut faire surgir du neuf.

 

C’est Dieu qui donne un avenir de vie

Ézéchiel illustre cela avec l’image d’un petit rameau que Dieu cueille au bout d’un grand cèdre et qu’il plante pour faire pousser un nouvel arbre. Le prophète exprime à ses contemporains qu’ils ne doivent pas se décourager. Même si leur peuple n’est plus le grand cèdre qu’il a été autrefois, même s’il est maintenant comme un arbre qui se dessèche, Dieu peut encore lui procurer une vitalité sans pareille. Dieu fera avec son peuple comme avec une plante que l’on bouture. Si le petit reste des déportés garde sa foi et son espérance, celui-ci deviendra le rameau à partir duquel Dieu fera croître un nouvel arbre.

Le texte hébraïque fait valoir que ce renouveau surgira de ce qui est petit et fragile. Une traduction littérale du verset 22 pourrait se lire comme suit : « de la tête, parmi les rameaux, j’en arracherai un tendre (rak) ». L’hébreu rak peut aussi signifier « fragile », « faible ». Le prophète professe ici que Dieu possède en lui de telles ressources qu’il peut accomplir de grandes choses en partant de ce qui est petit et faible. Ce qui importe pour qu’il y ait croissance de vie et abondance de fruits, ce n’est pas l’ampleur des capacités humaines, mais ce sont les ressources divines.

Le texte accentue très fortement la part active de Dieu dans la renaissance annoncée : « moi, je le prends », « je le plante moi-même » « je suis le Seigneur […] qui fait fleurir l’arbre sec », « Moi, le Seigneur, je parle et j’accomplis ». C’est Dieu lui-même qui verra à ce que le peuple ait les conditions favorables pour porter un fruit abondant dans le futur.

Bénéficiant d’un recul historique, nous pouvons constater que l’espérance d’Ézéchiel n’a pas été vaine. De fait, le peuple de l’Alliance n’est pas disparu. Bien au contraire, l’épreuve de l’exil a provoqué un renouveau incroyable, si bien qu’il existe encore 25 siècles plus tard.

 

Et pour la vie consacrée aujourd’hui ?

Cet oracle d’Ézékiel peut être porteur d’espérance pour la vie consacrée. Comme l’arbre de l’oracle, la vie consacrée est confrontée à une importante crise dans plusieurs pays occidentaux. Alors que nos Instituts avaient souvent l’apparence de grands cèdres verdoyants, plusieurs donnent l’impression de se dessécher et de perdre leur belle ramure. C’est à un point tel que certaines personnes entrevoient même une extinction de la vie consacrée. Le prophète nous invite cependant à tourner notre regard vers le Dieu de la vie. Comme le démontre l’histoire du peuple de l’Alliance, le Seigneur peut susciter un nouvel élan, même avec ce qui est devenu petit et fragile. Il peut aussi faire grandir ce qui est encore vert et tendre.

Par-delà nos stratégies et nos plans d’action humains, ce nouvel essor proviendra de l’initiative de Celui en qui nous croyons et espérons. Ce passage d’Ézékiel est d’autant plus significatif qu’il rejoint justement ce que les Pères Conciliaires de Vatican II avaient exprimé. Lumen Gentium dépeint la vie religieuse comme un arbre qui se développe à partir d’une semence plantée par Dieu :

Tel un arbre dont la semence divine éclate, dans le champ du Seigneur, en ramifications aussi diverses qu’admirables, il en est résulté une efflorescence de genres de vie – vie solitaire et vie commune – et de familles de toutes espèces (LG 43a).

Comment Dieu s’y prendra-t-il ? Quand le fera-t-il ? Tout cela est du ressort de sa souveraine liberté. Ce qui nous revient, c’est de mettre notre confiance en lui… et de prendre bien soin des rameaux devenus fragiles et d’autres qui sont encore d’un vert tendre, car ils sont porteurs de la vie que Dieu fera grandir dans l’à-venir.

 


Revue EN SON NOM, Vie consacrée aujourd'hui
Vol. 73 No. 5 / Novembre - Décembre 2015

75 ans