4 saisons

200 Églises vertes pour 2020

Norman Lévesquenote

Norman Lévesque

Pour mieux mesurer les avancées du Réseau des Églises vertes au Québec et au Canada, nous avons invité monsieur Norman Lévesque, directeur du Réseau de ces Églises, à nous partager les événements marquants de son organisme en 2017. En tenant compte du Forum des Églises vertes tenu  à Ottawa le 11 mai et de l’expansion des Églises vertes vers l’Ouest canadien, le moins qu’on puisse dire est que le bilan de l’année 2017 s’avère particulièrement impressionnant.

 

Premier événement significatif :
le Forum des Églises vertes 2017  

Malgré une journée nuageuse le 11 mai 2017, à Ottawa, le soleil régnait dans les yeux des participants au Forum des Églises vertes. Venus de différents coins du pays, et plus particulièrement du Québec, de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, ils ont convergé chacun de leur côté, vers l’Université Saint-Paul. Parmi eux, nous pouvions trouver des agent-e-s de pastorales, des pasteur-e-s et même le président du Réseau des Églises vertes, monsieur Benoit Lacroix Vachon, s’étant déplacé de Longueuil en voiture 100% électrique. Pour se rendre au Forum, des participants venus de l’extérieur avaient fait du covoiturage, alors que ceux d’Ottawa avaient dans bien des cas, fait usage du transport en commun. Chacune, chacun avaient apporté sa tasse ou son thermos pour profiter du café équitable. L’heure était à la cohérence !  Par ailleurs, d’autres personnes inscrites n’ont pu venir, en raison des inondations. Une minute de silence a été observée à leur intention et à celle des sinistrés de la région d’Ottawa-Gatineau.

Même s’il est impossible de tout dire de cette journée centrée sur le thème Célébrons l’Esprit de la Création, voici l’essentiel de la réflexion qui en a donné le ton :

Au commencement était le Verbe de Dieu. Tout fut créé par le Verbe, et tout ce que l’on retrouve dans notre environnement, la rivière des Outaouais, les rivières Gatineau et Rideau, les truites et les anguilles, le fer et le pétrole, tout fut créé par le Verbe. Voilà pourquoi nous célébrons l’Esprit de la Création.

… La destruction de la Création de Dieu prend une ampleur inquiétante. Les équilibres écologiques, le cycle de l’eau, de cycle du carbone, tous créés par le Verbe afin d’assurer la vie sur Terre, sont perturbés et menacent cette vie. Certaines personnes en souffrent, d’autres en meurent, certains perdent espoir. Mais l’Esprit de Dieu souffle encore sur le chaos afin de renouveler la face de la Terre. L’Esprit de Dieu appelle des prophètes, des prêtres, des décideurs élus, et même les Églises à être des gardiens de la Création. Les solutions existent, il suffit de les choisir courageusement. Devant la crise écologique, nous choisissons de célébrer l’Esprit de la Création. Bienvenue au Forum des Églises vertes !

Plusieurs invités ont ensuite été invités à prendre la parole, dont Monseigneur Terrence Prendergast, archevêque catholique d’Ottawa et l’aînée autochtone algonquine Barbara Dumont-Hill. Des pas de danse ont été exécutés par deux femmes du groupe Every Woman’s Drum (Le tambour de chaque femme) s’accompagnant de leur tambourin. Pour sa part, la ministre de l’environnement et des changements climatiques, madame Catherine McKenna, ayant elle-même invité le Réseau des Églises vertes à venir à Ottawa, l’année dernière, n’a pu être présente malgré sa volonté de l’être. La vidéo qu’elle a envoyée dans les circonstances, témoigne de son plein appui à la cause de l’écologie : « En tant que catholique, j’étais très heureuse de lire l’encyclique Laudato Si’ du pape François expliquant comment agir pour prendre soin de l’environnement et lutter contre les changements climatiques… ».

 

Le conférencier : un évêque autochtone

Vint ensuite la conférence principale donnée par le très révérend Mark MacDonald. C’est en 2007 que ce membre du Tiers-Ordre de saint François est devenu le premier évêque national autochtone de l’Église anglicane. Notons qu’il a contribué à plusieurs publications, dont le livre Holy Ground: A Gathering of Voices on Caring for Creation (Ed. Lyndsay Moseley, Sierra Club Books, 2008).

Sa conférence nous a permis de constater à quel point, il a su témoigner des façons de « célébrer l’Esprit de la Création ». En voici différents extraits :

En observant les diverses luttes écologiques… j'ai vu de grands progrès dans la compréhension des environnementalistes et des écologistes chrétiens. La publication de Laudato Si est un grand pas en avant. En somme, on comprend de plus en plus l'importance de ces questions à travers les peuples autochtones.

Cependant, nous sommes toujours témoins d'une aliénation progressive entre les êtres humains et l'environnement. Cela est même visible chez les écologistes et les écologistes affiliés à l'Église. Dans les discussions portant sur le « Refuge national de la faune de l'Arctique », j'ai remarqué que les gens déplorent la perte de la nature sauvage sans se rendre compte de la relation symbiotique que nous entretenons avec la Création. S'il n'y a plus de lieux « sauvages », nous serons moins humains, car notre humanité dépend de la Création. Nous pouvons avoir du sang circulant dans nos veines et de l'air pénétrant dans nos poumons, mais sans la Création, nous ne sommes pas ce que Dieu a voulu que nous soyons.

J'ai même noté cette aliénation progressive chez les écologistes chrétiens : lorsqu’on leur propose un temps limité de lectures bibliques sur l'environnement, cela déroute complètement les peuples autochtones percevant la Création dans toutes les Écritures. Cette aliénation progressive est certainement liée aux questions philosophiques, au matérialisme et au scientisme. Mais une étude biblique approfondie permet de relier cette aliénation à l'idolâtrie, particulièrement sous la forme de cupidité. La cupidité et l’avidité semblent maintenant une manière tout à fait normale de vivre et on n’y porte plus attention. Elles sont devenues le moteur de notre économie et de notre culture…

Nous devons aussi nous rendre compte que nous avons affaire à ce que saint Paul appelait les «principautés et les pouvoirs», ce que nous pourrions appeler « des institutions, des idéologies et des images ». Les sociétés, les organisations politiques et les expressions culturelles de la vie font partie intégrante de l'aliénation progressive de l'humanité de la Création. Elles sont puissantes et omniprésentes.

Cela nous oblige à revenir aux racines de notre environnementalisme théorique et théologique… à travers le baptême et l'Eucharistie. Les quatre actes simples de l'Eucharistie: recevoir, bénir, rompre et partager décrivent plus qu'une simple cérémonie : ils décrivent un mode de vie…

Dans nos actes fondamentaux de foi chrétienne, il existe une éthique environnementale nous ayant échappé par notre participation à une culture qui nous aliénait progressivement de la Création… Se développer moralement consiste à grandir en prenant conscience de la Création. Il devrait en être ainsi pour nous tous.

Lorsque le projet de « la mine Pebble » a été proposé en Alaska, l’Église orthodoxe a montré son opposition en bénissant les eaux devant être touchées par le développement. Elle a dévoilé le caractère sacré des eaux pour mieux s'opposer à la dépréciation progressive de la terre… Nous sommes appelés à faire comme eux.

 

Une journée d’échanges bien remplie

Après cette conférence fort nourrissante, trois ateliers parmi les suivants attendaient les participants :

Comment prendre le virage vert en Église ?;
Théologie de la création dans la tradition;  chrétienne orthodoxe;
Objectifs du développement durable;
Pétitions : les chrétiens ont une voix;
Les pages vertes de la Bible;
L’écospiritualité;
Les investissements responsables.

Quelle journée enrichissante pour la première d’un Forum sur les Églises vertes à Ottawa !

…En somme, le choix d’Ottawa pour accueillir le Forum des Églises vertes a été stratégique. Les Forums ou colloques précédents avaient eu lieu au Québec : Montréal (2010), Drummondville (2012) et la ville de Québec (2015). Il était temps de s’approcher du Canada anglais, et en conjonction avec les célébrations du 150e, la ville d’Ottawa allait de soi. Déjà des églises de la région se joignent au réseau. Si tout va comme prévu, le prochain Forum devrait avoir lieu à Trois-Rivières en 2018, puis peut-être à Halifax en 2020.

Quant à la journée du Forum 2017, elle s’est terminée avec une célébration œcuménique, présidée par la révérende JoAnne Lam, pasteure luthérienne d’origine chinoise. La célébration  rassemblait des chrétiens de six confessions chrétiennes différentes…
   

  1. Un deuxième événement significatif en 2017 :
    La tournée d’Églises en Alberta                                                                   

L’année 2017 fut aussi l’occasion d’aller faire une « tournée » de diverses Églises en Alberta. Les églises variées suivantes sont présentement en processus d’enregistrement : Saint-Thomas-d’Aquin à Edmonton, Robert McClure United Church à Calgary, All Saints Catholic Parish à Lethbridge sans oublier le Centre pastoral du diocèse de Calgary. On m’a, de plus, invité à faire  une présentation des Églises vertes lors d’un événement rassemblant une dizaine de confessions chrétiennes dont des membres des églises baptistes et évangéliques, tous très motivés par le Réseau des Églises vertes.  

L’organisme des Églises vertes fondé en 2006, dans la petite Église Unie de St-Columba à Montréal, regroupe déjà en 2017, 65 églises vertes de six confessions chrétiennes (catholique, unie, anglicane, évangélique, quaker, orthodoxe). Nous continuons à fournir des outils de qualité aux communautés chrétiennes entamant un virage vert. Nous rendons disponibles différentes ressources pour soutenir les axes de la spiritualité, de l’éducation et de l’action, telles des trousses, un atelier en DVD, des journées de formation. En fin de compte, nous en sommes en quelques sorte à vivre une nouvelle forme d’évangélisation…

Les communautés religieuses peuvent enregistrer leur couvent, monastère, maison de religieux auprès du Réseau des Églises vertes pour vivre une expérience motivante, comme l’a fait récemment, la Maison mère de la Congrégation Notre-Dame, ainsi que les Prémontrés et les cisterciens de Val-Notre-Dame…

Nous gardons le cap pour que le réseau atteigne 200 églises en 2020 !
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Note

M. Norman Lévesque est le directeur général du Réseau des Églises vertes, conférencier sur l’écothéologie et animateur scientifique. Après avoir été animateur de pastorale en 1998, il a été engagé en Église dans différentes sphères  pastorales : jeunesse, sociale, œcuménique et environnementale. Il est marié et père d’une fille.
Pour avoir plus de détails sur les activités des Églises vertes, bienvenue sur le site Web www.églisesvertes.ca


Revue EN SON NOM, Vie consacrée aujourd'hui
Vol. 75 No. 3 / Mai - Juin 2017

75 ans