4 saisons

Les Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique

150e anniversaire de fondation
et 116 ans de présence au Canada

Agnes Loiselle, SMNDA*

« Femmes apôtres… communauté exclusivement missionnaire, pour l’Afrique »,  la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique aussi appelées « Sœurs Blanches » (SMNDA) fête cette année son 150e anniversaire d’existence après déjà 116 ans de présence au Canada.

 

Aux origines de la Congrégation

Fondée à Alger, en 1869, par l’archevêque français Mgr Charles Lavigerie, la Congrégation aura comme co-fondatrice et première Supérieure Générale une Bretonne, Mère Marie Salomé née Marie-Renée Roudaut. Avec le courant anticlérical prenant forme en France au début du XXe siècle, il y a la fermeture de plusieurs couvents et des congrégations religieuses demandent asile ailleurs. Pour les Sœurs Missionnaires d’Afrique, cette politique coïncide avec la multiplication des œuvres en Afrique et le besoin accru de sœurs pour servir en Afrique Équatoriale. Leur œuvre y sera considérable.

 

Arrivée et établissement des Sœurs blanches au Québec

C’est par l’entremise du père John Forbes, premier Canadien à s’engager officiellement en 1888 comme Père blanc en Algérie que Mère Marie Salomé demande à l’archevêque de Québec, Mgr Bégin, d’ouvrir dans son diocèse, une maison de formation, pour le recrutement de missionnaires. Sa demande d’un Postulat ayant été acceptée, quatre sœurs autrefois du Québec arrivent à Montréal avec le père John Forbes le 19 octobre  1903. Trois ont obtenu la citoyenneté française et une a toujours la citoyenneté canadienne. Le groupe sera cordialement accueilli, d’abord à Montréal par les Sœurs de la Miséricorde, et six jours plus tard, à Québec, par les Sœurs de la Charité de Québec. À la fin d’octobre, les religieuses trouvent résidence au no 41 de la Rue des Remparts dans le vieux Québec, maison voisine des Pères blancs.

 

Un mot sur les quatre pionnières

• Originaire de Montréal, Caroline de Sève, entrée le 4 juin 1883 à Alger exercera sa mission en Tunisie avant de quitter plus tard la Congrégation pour joindre un ordre contemplatif.

• De son côté, Adélaïde Morin, de St-Norbert d’Arthabaska avait d’abord pris le bateau le 10 octobre 1885 pour Alger où elle avait reçu le nom de Sr Marie-Bernard. Après avoir servi dans différentes missions en Afrique du Nord, elle mourra à Alger en 1934 à l’âge de 70 ans.

• Quant à Mélanie Picard, de St-Antonin de Rivière-du-Loup, elle avait fait son postulat à Paris en 1896 et ses vœux, deux ans plus tard, en Algérie. Elle est revenue au Canada afin de prêter main forte au Postulat de Québec. Elle finira ses jours en Algérie le 9 avril 1951, à l’âge de 82 ans.
- Soeur Claire, née Marie Geneviève Bourque, de Québec était membre de la Congrégation depuis 1896. C’est elle qui accompagne les trois sœurs françaises arrivant à Québec en 1903. Après une longue vie, elle mourra en Algérie à l’âge de 81 ans.

Enfin, il est à noter que la première Sœur blanche canadienne à se rendre au Kenya fut Léda Bégin (Sr Thomas de Villeneuve) native de Notre-Dame d’Héberville au Lac St-Jean.

 

Développement de la Congrégation au Canada

Lévis (1913-1987)
La maison de Rue des Remparts devenue trop exiguë, les Sœurs la quitteront pour s’établir dans une plus grande maison sur la rue Fraser à Lévis le 20 février 1913. Pendant 17 ans, ce sera leur unique maison et centre d’activité au pays. En 1915, la maison devient Postulat, Noviciat remplaçant celui d’Algérie et Procure, soit un magasin d’article religieux. L’initiative des « ventes de charité » au profit des missions d’Afrique a un grand succès auprès de la population qui se montre très dévouée et généreuse.

Ottawa (1928-1991)
En 1928, les Sœurs sont reçues dans le diocèse d’Ottawa, grâce à Mgr Guillaume Forbes, frère de John Forbes, Père blanc canadien. Il accepte de les recevoir à condition qu’elles aient une œuvre. Les Sœurs ouvrent donc une modeste école privée - un jardin d’enfance. La maison située rue Chapel devient une Procure, un Foyer d’animation missionnaire et d’accueil pour les Sœurs blanches étudiantes ayant besoin de certificats de langue anglaise.

Québec/Chemin Gomin (1930-2001)
En 1930, la maison du Chemin Gomin devient d’abord Postulat et servira à d’autres moments de Noviciat. Les Sœurs quitteront cette maison en 2001 après 70 ans de présence.

Beauport et Sillery/Québec : Maisons de repos et infirmerie (1938-2005)
Afin de mieux accommoder certaines religieuses revenant d’Afrique ayant besoin de soins médicaux et de repos, la maison Duchesnay, rue Royal à Beauport est ouverte en septembre 1938. En décembre 1947, une plus grande propriété, à Sillery, face au fleuve St-Laurent est achetée pour être réaménagée comme maison de repos et devient éventuellement, petite infirmerie. Cette maison sera fermée en 2005.

Montréal/ l’Abord-à-Plouffe (1947-2013)
C’est seulement en 1947 que la congrégation obtiendra la permission de s’établir dans le diocèse de Montréal. Après avoir d’abord ouvert le Postulat à l’Abord-à-Plouffe, puis une Procure sur la rue St-Hubert, la congrégation déménage sur l’avenue Laval en mars 1952 pour y demeurer jusqu’en 2013.

Antigonish/ Nouvelle Ecosse (1963-1981)
De 1963-1981, cette maison accueillera les sœurs poursuivant leurs études.

 

Fonctions exercées par les Missionnaires Notre-Dame d’Afrique au Canada

Exclusivement missionnaires, contrairement aux congrégations  religieuses canadiennes ayant œuvré au pays depuis leur fondation, les Sœurs blanches n’ont pas eu d’institutions, proprement dites, au Canada sauf à Ottawa ce qui constitue une exception. Les premières maisons ont servi de Procure, de lieux de formation, d’autres, aux sœurs en congé et en tant que maison de repos. Tout était orienté pour l’apostolat en Afrique.

À la fin des années 1970, le nombre de religieuses revenant définitivement d’Afrique a augmenté. Des insertions ont pris racine à Montréal, Québec, Ottawa et Toronto. Il s’agit de communautés restreintes de trois ou quatre sœurs offrant leur service soit à l’Église locale, au diocèse et/ou à la population environnante. 

Face à la diminution et au vieillissement des personnes, une restructuration s’est imposée. Dès le début de 1990, les Sœurs blanches ont accepté de vivre dans des insertions inter-congrégations :

• Montréal, avec les Sœurs de la Providence,
• Charlesbourg/Québec, avec les Sœurs de St. François d’Assise,
• Beauport, avec les Sœurs de la Charité de Québec,
• Ottawa, avec les Sœurs de la Charité d’Ottawa.

Tout en demeurant en communautés, les Sœurs blanches partagent avec les communautés hôtes, la vie liturgique, les repas, les soins de santé et d’infirmerie.

Cet arrangement a libéré certaines sœurs leur permettant de prolonger leur apostolat en Afrique. Celles qui demeuraient au pays ont pu, elles aussi, plus facilement continuer leur mission apostolique en s’engageant selon leurs forces et, possibilités. Indépendamment de leur contexte, leurs  orientations apostoliques restent les mêmes. C’est ainsi que toutes sortes d’initiatives sont venues remplir les horaires :

• rencontres de dialogue interreligieux et interculturel,
• travail pastoral : catéchèse, visites, alphabétisation, etc.
• bénévolat auprès des femmes immigrées, réfugiées et déplacées,
• sensibilisation aux questions d’esclavage moderne, de Justice et Paix et d’Intégrité de la Création (JPIC),
• travail en réseau avec d’autres contre la traite des êtres humains, de manière à promouvoir la dignité des personnes.
• soin de l’environnement.
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Statistiques


C’est en 1966 que les Sœurs blanches ont compté le plus grand nombre de religieuses dans leur Congrégation : 346 Canadiennes sur un total de 2,165.
Il reste aujourd’hui 110 sœurs canadiennes dont l’âge moyen est de 84 ans. Toutes résident au Canada sauf une au Mexique.
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*Agnes Loiselle, SMNDA, assistante provinciale, en collaboration avec quelques religieuses SMNDA.
Site Web : www.solafrica.org



Revue EN SON NOM, Vie consacrée aujourd'hui
Vol. 77 No. 1 /janvier - février - mars 2019

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